Gravé dans le sable

Michel BUSSI


// "Il montèrent au ciel d'un jour où il tombait des cordes". Cette phrase hantait Oscar. Il avait dû lire ça quelque part, il n'y a pas longtemps. Ou bien il l'avait entendu quelque part, de la bouche d'un con. Ca ne manquait pas de cons capables de dire cela, sur cette péniche. De cons se prenant pour des prophètes.

// Auparavant, elle avait horreur de cela, broder, coudre... Maintenant, elle alignait les points comme une machine, précise et régulière. Cela occupait son corps sans déranger son esprit.

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La vérité sur l'Affaire Harry Quebert

Joël DICKER


// Durant cette même année, pour la seule Amérique, un million d'enfants étaient nés, un million de personnes étaient mortes, une bonne dizaine de milliers s'étaient fait tirer dessus, un demi-million avaient plongé dans la drogue, un million étaient devenues millionnaires, dix-sept millions avaient changé de téléphone portable, cinquante mille étaient décédées dans un accident de voiture et, dans les mêmes circonstances, deux millions avaient été blessées plus ou moins gravement. Quant à moi, je n'avais écrit qu'un seul livre.

// Voilà le problème. Crois-tu que des actrices télévisuelles puissent tenir un ménage ? Figure-toi que j'ai rencontré Madame Levey hier au supermarché : sa fille est célibataire aussi. Elle serait parfaite pour toi. En plus, elle a de très belles dents. Veux-tu que je lui dise de passer maintenant ?

// Je m'étais dit qu'une étoile filante, c'était une étoile qui pouvait être belle mais qui avait peur de briller et s'enfuyait le plus loin possible. Un peu comme moi.

// - Je suis passé devant votre ancienne paroisse, dis-je. C'est devenu un Mc Donald's.
- Le monde entier est en train de devenir un Mc Donald's, Monsieur Goldman.

// - Savez-vous ce que signifie le délai ?
- Non
- Ca veut dire que votre cervelle, qui est capricieuse par essence, doit produire en un laps de temps délimité par un autre. Exactement comme si vous êtes livreur et que votre patron exige de vous que vous soyez à tel endroit à telle heure très précise : vous devez vous débrouiller, et peu importe qu'il y ait du trafic ou que vous soyez victime d'une crevaison. Vous ne pouvez pas être en retard, sinon vous êtes foutu. C'est exactement la même chose avec les délais que vous imposera votre éditeur. Votre éditeur, c'est à la fois votre femme et votre patron : sans lui vous n'êtes rien, mais vous ne pouvez pas vous empêcher de le haïr.

// Notre société a été conçue de telle façon qu'il faut sans cesse choisir entre raison et passion. La raison n'a jamais servi personne et la passion est souvent destructrice. J'aurais donc bien de la peine à vous aider.

// Les journaux, peu importe ce que vous y dites, l'important est d'y être. Les gens se souviennent d'avoir vu votre photo dans le New York Times, ils ne se souviennent jamais de ce que vous y racontiez.

// L'amour, l'amour, toujours l'amour ! Mais l'amour ça ne veut rien dire, Goldman ! L'amour c'est une combine que les hommes ont inventée pour ne pas avoir à faire leur lessive !

// Un bon livre, Marcus, ne se mesure pas à ses derniers mots uniquement, mais à l'effet collectif de tous les mots qui les ont précédés. Environ une demie-seconde après avoir terminé votre livre, après avoir lu le dernier mot, le lecteur doit se sentir envahi d'un sentiment puissant; pendant un instant, il ne doit plus penser qu'à tout ce qu'il vient de lire, regarder la couverture et sourire avec une pointe de tristesse parce que tous les personnages vont lui manquer. Un bon livre, Marcus, est un livre que l'on regrette d'avoir terminé.


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Gros coup de coeur sur ce livre <3



Parce que je t'aime

Guillaume MUSSO


// Il ne faut pas trop se protéger, sinon on ne ressent plus rien. Notre coeur devient de glace, on n'est plus qu'un mort vivant et la vie perd à jamais toute saveur.

// En trois ans, la société de communication avait manifestement franchi un nouveau palier. Bientôt, les gens se feraient greffer une oreillette permanente pour continuer à téléphoner dans leur sommeil, dans leurs rêves, dans leurs parties de jambes en l'air... On n'avait jamais autant communiqué, on ne s'était jamais aussi peu écouté.

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Black

BUSTY


// Parce que je suis chiante, une source constante d'embrouilles, toujours un peu raide - si j'étais une note de musique, je serais toujours un peu au-dessus, toujours un peu fausse -, et puis toujours à forcer les choses et le trait, je n'accepte rien comme ça vient, je veux toujours qu'on soit mieux, bien ne suffit pas. Pourquoi, je n'en sais rien.

// Elle n'arrivait pas à savoir s'il pensait vraiment ce qu'il disait, combien de temps il le penserait, et si, effectivement, il interviendrait auprès d'Amy. Il changeait d'avis comme de chemise, et de toute manière disait beaucoup de choses uniquement pour plaire à son interlocuteur. Et parfois uniquement pour lui déplaire.

// Les couloirs étaient très silencieux. Amy n'aimait pas trop leur couleur écrue. Larges baies vitrées mises à part, on se serait cru à l'hôpital. Quelle idée de grassement payer un designer pour se retrouver avec un résultat plus proche d'une prison pour cancéreux que d'un hôtel de luxe.

// "Ma collègue arrive. Je me permets de vous rappeler néanmoins qu'il est interdit de fumer dans l'ensemble de l'hôtel."
Amy le regarda dans les yeux.
"Mais je serai ravie de payer l'amende"

// Cendrillon, dégage, Prince Charmant, épouse-moi !

// Il faisait chaud, ce serait facile de sortir, pas de différence de température entre l'intérieur et l'extérieur, pas de distinction.


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Midnight Examiner

William KOTZWINKLE


// En dépit du courrier sympathique qui nous rapprochait, je ne connaissais pas vraiment la lectrice de Ladies Own Monthly, mais imaginais une femme en soutien-gorge d'hypermarché incapable de concevoir une salle de bain sans un cache-rouleau en tricot et une bête en faïence à la gueule béante en guise de porte-savon, exprimant sa nature profonde sur des coussins brodés de phrases d'une rare originalité, style "La Plus Belle Des Mamans".

// Ce soir-là, pour la première fois, notre ami Crumpacker s'était joint à nous, longs doigts délicatement lovés autour d'un martini. La lumière du bar lui donnait un air encore plus élégant que d'ordinaire, tandis qu'à l'inverse, j'étais avachi sur mon tabouret avec mon pauvre complet froissé totalement démodé.

// Arrivé dans le hall, je franchis prudemment l'espace qui me séparait de la cage d'ascenseur, enfonçai le bouton, entrai dans la cabine. Le plafond était orné d'un miroir, instant frivole dans la terne carrière d'un concepteur d'ascenseur.

// Il vous faut des rideaux en taffetas jaune, le jaune éclaircit les idées et facilite la communication. C'est bien votre bureau, n'est-ce pas ? Le jaune est donc essentiel (...) je peux vous assurer que, non seulement le jaune est un relaxant intellectuel, mais qu'il contribue également à une meilleure digestion.


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Découverte inopinée d'un vrai métier

Stefan ZWEIG


Seconde merveille de cette journée d'avril bénie : arrivé tôt, je n'avais pas de rendez-vous jusque tard dans l'après-midi. Pas un seul des quatre millions et demi de Parisiens ne se doutait de ma présence ni ne m'attendait, j'étais donc divinement libre de faire ce qui me plaisait.


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Maman a tort

Michel BUSSI


// Marianne se connaissait, elle n'allait pas fermer l'oeil jusqu'au lendemain matin. Elle allait seulement somnoler, de la baignoire au canapé, du canapé au lit, en espérant avoir à bondir en pleine nuit, attraper au vol son cuir et laisser derrière elle le lit froissé, les lumières allumées, son Tupperware de bouffe et son verre de Quézac face à la télé en veille, juste le temps de balancer une poignée de croquettes à Mogwai, son chat d'appartement, croisement fainéant entre un Lee-Brown et un gouttière. Un "lee-tière"... Elle avait inventé la marque !

// Aujourd'hui le type devant moi à la banque a déposé un chèque de 127 000 euros. Envie de tuer. Je draguerai sa veuve.

// Aujourd'hui, réveillon du 24 décembre, ce connard barbu s'est pointé sans iPhone 6, sans iPad, sans Nintendo DS, mais avec un séjour linguistique à Francfort et un abonnement à Acadomia. Envie de tuer. Ma petite soeur n'a même pas eu le temps de croire au père Noël. Il crame dans la cheminée avec sa hotte.

// Elle devait faire le point, à la vitesse d'un ordinateur qui claque une bonne réponse dans les secondes qui suivent la touche Return.

// Papy aimait bien refaire le monde, tout seul, dans sa tête, sans personne pour le contredire. Pas même ce GPS à voix mielleuse qui lui indiquait des routes qui n'existaient plus et lui ordonnait de "faire demi-tour immédiatement". Connasse !


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La Voleuse de livres

Markus ZUSAK


// Quand une femme à la poigne de fer vous dit d'aller nettoyer le crachat sur la porte, vous y allez. Surtout quand le fer à repasser en question est chaud. La routine, en quelque sorte.

// Evidemment, c'est très impoli de ma part. Je suis en train de gâcher non seulement le dénouement du livre, mais la fin de ce passage particulier. Je vous ai annoncé deux événements, parce que mon but n'est pas de créer le suspense. Le mystère m'ennuie. Il m'assomme. Je sais ce qui se passe, et du coup vous aussi. Non, ce qui m'agace, me trouble, m'intéresse et me stupéfie, ce sont les intrigues qui nous y conduisent.

// Quelques petites vérités (sur la mort).
Je n'ai pas de faux, ni de faucille. Je ne porte une robe noire à capuche que lorsqu'il fait froid. Et je n'ai pas cette tête de squelette que vous semblez prendre plaisir à m'attribuer. Vous voulez savoir à quoi je ressemble vraiment ? Je vais vous aider. Allez vous chercher un miroir pendant que je poursuis.

// Le soleil fait bouillonner la terre. Il nous touille comme un ragoût dans une marmite.


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L'avocat, le nain et la princesse masquée

Paul COLIZE


// Je somnolai une partie de l'après-midi devant un vieil épisode d'un série américaine dans lequel Betty expliquait à Janice que John ne savait pas que la femme de Steve avait eu une relation avec le frère de Walter.

// Sa confession sonnait aussi faux qu'une pièce de trois euros.

// Je vais voir dire un truc. Sans mariage, il n'y aurait jamais eu de divorce. Les gens se sépareraient. Point. Certains chialeraient, d'autres s'engueuleraient. Après ça, la vie continuerait. Je ne dis pas qu'il n'y aurait pas un meurtre ou un suicide de temps en temps, mais ce serait rare. En tout cas, il n'y aurait pas ces discussions merdiques, ces règlements de comptes à la con, ces polémiques pourries, ces déballages impitoyables et ces tentatives de réconciliation stériles.


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Bernadette a disparu

Maria SEMPLE


// Vous savez ce que c'est quand vous allez chez Ikéa, vous n'en croyez pas vos yeux de voir combien les prix sont ridicules, et, même si vous n'avez pas besoin de cent bougies chauffe-plat, le lot ne coûte que 99 cents ! Ou encore, ces petits coussins pleins de billes en je ne sais quelle matière toxique, ils sont si pimpants, et il y en a trois pour 5 dollars, et avant même de vous en rendre compte, vous avez dépensé 500 dollars, non parce que vous avez besoin de toute cette camelote, mais seulement parce que ce n'est pas cher !

// Il y a un an que je n'étais pas descendue en ville. Je me suis tout de suite souvenue pourquoi : le stationnement payant.
Non seulement il faut réussir à trouver une place (bonne chance !), se garer en épi en marche arrière (celui qui a inventé cette technique devrait être jetté en prison), trouver un horodateur qui n'est pas assiégé par un cercle aussi répugnant de mendiants / clochards / drogués / zonards, ce qui vous oblige à traverser la rue, or vous avez oublié votre parapluie (c'est encore une fois vos cheveux qui trinquent,  mais bon, comme vous avez arrêté de vous préoccuper de votre coiffure vers la fin du siècle dernier, c'est le cadet de vos soucis), ensuite vous glissez votre carte bancaire dans la machine (c'est un petit miracle si vous réussissez à en trouver une qui n'a pas été bouchée à l'époxy par quelque mécontent malintentionné), vous retournez à votre voiture (en repassant devant la horde susmentionnée, qui vous interpelle parce que vous ne leur avez pas donné la pièce en arrivant - et, oh, j'ai oublié de dire qu'ils sont tous flanqués de chiens galeux !), vous déposez le ticket à la bonne place (faut-il le mettre côté passager, à cause de la règle de l'épi en marche arrière, ou du côté conducteur ? Je lirais bien la note inscrite au revers du ticket de stationnement, seulement je ne peux pas, car FRANCHEMENT QUI EMPORTE SES LUNETTES POUR VOIR DE PRES POUR SE GARER ?) et, pour courroner le tout, vous priez le dieu auquel vous ne croyez pas d'avoir encore la capacité mentale de vous souvenir de la raison pour laquelle vous êtes descendue en ville en premier lieu.

// Paul,
Bonjour de Seattle l'Ensoleillé ou les femmes sont des "nénettes", les gens des "gars", où quand vous êtes fatigués vous êtes "nases", où quand les choses vont de travers elles sont "nasebroques", où on ne se dit pas "au revoir" mais "à plus", où vous avez le droit de lever le coude, mais pas de vous moucher avec, et où toute demande raisonnable ou pas, est accueillie par un "Z'inquiétez pas".

// Tu te demandes sans doute ce que je peux faire depuis vingt ans. Eh bien, j'ai résolu le dilemme entre espace privé et espace partagé dans la maison familiale.
Je plaisante ! Je passe mon temps à commander des conneries sur Internet.

// Luke et Mae nous ont fait un spectacle de marionnettes sur la drogue. Et il y avait cet âne qui disait comme ça : "Mais non, un petit pétard, ça fait pas de mal." Alors l'agneau lui répond que la vie est un bon petit plat, et que le pétard, c'est du caca. Et si on met un tout petit bout de caca dans le plat, même en mélangeant bien, est-ce qu'après vous aurez encore envie d'en manger ?

// "Très bien. Je prends les deux tiroirs du haut et toi les deux du bas. Je prends ce côté-ci du placard, et toi l'autre. Génial ! Il y a deux tiroirs dans la salle de bains. Je prends celui du haut.
- T'es pas obligé de faire des commentaires sur le moindre petit truc ennuyeux que tu fais, tu sais, j'ai répliqué. C'est pas un match de curling pour les JO. Tu es juste en train de défaire une valise."


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