La place du conducteur

Muriel SPARK

// Elle n'est ni spécialement jolie ni spécialement laide. Son nez est court, et plus large qu'il n'apparaîtra sur le portrait établi en partie à l'aide de témoignages et en partie d'après de vraies photos, portrait qui sera bientôt publié dans les quotidiens de quatre langues différentes.


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La fille de la supérette

Sayaka MURATA

// L'employé en charge de la formation arriva enfin et nous distribua nos uniformes. Nous ajustâmes nos tenues conformément à l'affiche de démonstration. Cheveux longs attachés, montres et accessoires remisés au placard, notre groupe jusque-là hétéroclite formait à présent une équipe d'employés standardisés.


// En cet instant, pour la première fois, il me sembla avoir trouvé ma place dans la mécanique du monde. Enfin, je suis née, songeai-je. C'était, à n'en pas douter, le premier jour de ma vie en tant que membre normal de la société.


// L'insatisfaction générale fait naître une curieuse solidarité. Tout le monde se réjouit de mon coup de sang. Ah, j'ai bien joué mon rôle d'"humain", me dis-je en observant les réactions de mes deux camarades.


// Tu ne comprends donc pas ? Les individus en marge de la communauté n'ont aucune intimité. Tout le monde vient nous marcher dessus, sans ménagement. Ceux qui ne contribuent pas, que ce soit par le mariage, en ayant des enfants, en allant chasser ou gagner de l'argent, sont des hérétiques. Voilà pourquoi nous ne pouvons mener notre vie sans être dérangés.


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Wild

 Cheryl STRAYED

// [Essayant de soulever son sac]. Il ne bougeait toujours pas. [...] C'était exactement comme essayer de soulever une Coccinelle Volkswagen. Elle paraît tellement mignonne, comme si elle ne demandait qu'à décoller du sol – alors qu'en réalité c'est impossible.


// [...] j'étais un humain chargé d'un poids écrasant et dépourvu ne serait-ce que d'un bâton sur lequel s'appuyer. Pourquoi avoir négligé cet équipement alors qu'une scie pliante m'avait parue indispensable ?


// Horrifié par la tendance de son époque à passer "bien trop de temps dans les sièges rembourrés des véhicules motorisés ou des cinémas", il fit pression sur le gouvernement fédéral pour qu'il consacre une bande du territoire préservé à ce chemin [le Pacific Crest Trail].


// La seule chose qui m'intéressait, c'était de manger. J'étais moi aussi devenue une barbare, tenaillée par une faim monumentale et insatiable. J'avais atteint le stade où, quand un personnage de mon roman mangeait, j'étais obligée de sauter la scène, frustrée de ne pas pouvoir l'imiter.


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Aveu de faiblesses

Frédéric VIGUIER

// Je ne me sens bien que dans ma chambre, ou avec ma mère. Mon seul but, quand je pars au lycée, c'est de revenir chez moi. Et mon seul but, quand je suis chez moi, c'est qu'une bombe vienne anéantir le lycée.


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Grand Platinum

Anthony VAN DEN BOSSCHE

// Créer un nouveau motif sur le dos d'une carpe, parvenir à le fixer, en faire une nouvelle lignée était le rêve de tout éleveur, "une promesse de gloire et de prospérité nécessitant une vie et plusieurs générations de poissons".


// Il détestait parler de tout et de rien. "La vie est assez quotidienne comme ça, pourquoi en parler tous les jours ?" était sa phrase favorite pour couper court à une discussion qui l'ennuyait.


// [...] les designers étaient des stars auxquelles personne ne demandait jamais d'autographe.


// Sur le pavé déchaussé, Louise évita une famille américaine, dont les éclats de voix couvraient à peine le cahotement de leurs valises à roulettes [...].


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Entre mes mains le bonheur se faufile

Agnès MARTIN-LUGAND

// Il m'embrassa différemment. D'habitude, j'avais l'impression d'être transparente, j'avais à peine le temps de sentir ses lèvres sur les miennes, c'était le baiser de la routine, en pire. Là, c'était plus profond, plus aimant.


// J'ébauchais un sourire et me retins de pousser plus loin mes confidences, car je sentais que je finirai par révéler à Marthe jusqu'à la couleur de ma petite culotte.


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L'énigme de la chambre 622

Joël DICKER

// Les gens considèrent souvent que l'écriture d'un roman commence par une idée. Alors qu'un roman commence avant tout par une envie : celle d'écrire. Une envie qui vous prend et que rien ne peut empêcher, une envie qui vous détourne de tout. Ce désir perpétuel d'écrire, j'appelle ça la maladie des écrivains. Vous pouvez avoir la meilleure des intrigues de roman, si vous n'avez pas envie de l'écrire, vous n'en ferez rien.


// [...] il retira une bouteille de jus de citron pressé. Il en versa une partie dans un bol en cuivre et y ajouta de l'eau pour obtenir de l'encre sympathique.


// - Alors, je suis jaloux ? 

- Pour être précis, je dirais que vous souffrez d'une invidia maxima, un mal identifié par le docteur Freud dans son célèbre cas Lucien K.

- Qu'est-ce que le cas Lucien K ?

- Lucien K était le fils d'un riche industriel viennois qui avait toujours cherché la reconnaissance de son père. Mais son père l'avait toujours assommé de reproches et lui avait finalement préféré un autre garçon qu'il avait considéré comme un fils et à qui il avait confié les rênes de son empire.


// - Tu pleures ?

- Non, juste une poussière dans l'oeil.

- C'est une réponse de roman, fit-il remarquer. Les poussières n'ont jamais fait pleurer personne.

- Les poussières de souvenirs, si.


// J'ai toujours aimé ta mère, Lev. Je l'aime toujours. La mort empêche les retrouvailles, mais elle ne peut pas interrompre l'amour.


// La vie est un roman dont on sait déjà comment il se termine : à la fin, le héros meurt. Le plus important n'est donc pas comment notre histoire s'achève, mais comment nous en remplissons les pages. Car la vie, comme un roman, doit être une aventure. Et les aventures, ce sont les vacances de la vie.


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Frankenstein

Mary SHELLEY

// Aucun mot, aucune expression ne pourrait traduire ce que j'éprouvais pour elle, ma plus que soeur.


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Boréal

Sonja DELZONGLE

// "En réalité, l'ours blanc n'est pas blanc, lui avait appris son père. Tel que tu le vois, il t'apparaît ainsi. Un peu jaune aussi. Mais son poil n'a pas de pigment, il est pour ainsi dire incolore. C'est la réverbération de la lumière sur la partie interne de son poil, que les yeux reçoivent, qui lui donne cette apparente blancheur."


// "C'est drôle, mais je ne trouve aucune poésie aux étoiles, avait-elle fini par glisser à Luv qu'elle avait mis un certain temps à approcher. Elles brillent, c'est tout. Mais la plupart sont déjà mortes. Ce qu'on en voit n'est qu'un écho lumineux. Comme un diamant qui scintille au doigt d'une morte. Elles sont froides, immobiles et sans vie. Je n'aime pas les étoiles." Sur ces mots, sans laisser à Luv le temps de répliquer ou de donner son avis, elle était rentrée et s'était assise face à la cheminée, le regard vide. 


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Les oubliés du dimanche

Valérie PERRIN

// À table, j'ai toujours eu la même place, je suis en face de mémé. Jules sur ma gauche, pépé sur ma droite. C'est comme ça. Et on n'a pas intérêt à changer, sinon pépé gueule. Plus tard, quand j'aurais un chez-moi, je ne mangerai que sur des tables basses pastel, il n'y aura pas de toile cirée et j'aurai jamais la même place. 


// Sur leur photo de mariage, c'est bizarre de les voir jeunes. Et encore plus de voir mémé porter une robe cintrée. Le temps a échangé sa taille de guêpe contre celle d'un labrador.


// Il inscrit ça sur son ordinateur. Il tape avec deux doigts. Je ne savais pas que les gens qui tapent avec deux doigts existaient encore.


// Nous avons tous deux vies, une vie où l'on dit ce que l'on pense et une autre où on la ferme.


// J'ai fait comme dans les films, j'ai commandé un whisky. Le genre d'alcool que je déteste, mais j'avais trop envie de me retrouver dans le film d'un autre.


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