Stuart TURTON
// Je prierais volontiers, mais je ne me rappelle pas les paroles.
// Une horloge prend son courage à deux mains et produit son tic-tac.
// "Mlle Evelyn est là-dedans", dit la servante. Le ton de sa voix donne une idée à la fois de la pièce et d'Evelyn Hardcastle, qu'elle ne semble porter ni l'une ni l'autre particulièrement dans son coeur.
// La porte est ouverte et un groupe d'hommes est en train de partir en promenade, emportant leurs rires avec eux.
// Un silence étrange m'accueille, le vacarme d'une personne qui tente de ne pas faire de bruit.
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À la recherche du temps perdu sur Internet
Christine BERROU
// [...] Qu'attendre d'une oeuvre littéraire dont aucun réalisateur n'a jamais voulu faire un film ? Les Américains flairent la rentabilité, si Proust et Hollywood ne s'étaient jamais rencontrés ailleurs que dans la phrase que je suis en train d'écrire, alors c'est qu'il y avait une raison.
// On a tort d'employer le verbe "partager" quand on poste un morceau de notre vie sur Internet. Partager, c'est noble : c'est morceler ce que l'on a pour en donner un bout à quelqu'un qui n'en a pas. On partage un gâteau, de l'argent, un lit. Mais on ne peut pas partager un moment. On le vit et on le montre, mais celui qui le voit ne le vivra pas. Les gens qui, sur les réseaux sociaux, nous voient sur une plage antillaise ne peuvent pas nous rejoindre en un claquement de doigts. Et quand bien même ils pourraient, leur ferait-on vraiment de la place, leur filerait-on la moitié de notre assiette ?
// Autant bobo, c'est gratuit, ça ne renvoie à rien, c'est une insulte "fourre-tout" que l'on utilise quand on culpabilise de ne pas trier ses déchets.
// J'ignore pour quelle raison, mais pour moi les salles d'attente ont toujours été propices à un certain recueillement. Est-ce le fait de se trouver dans un endroit que l'on ne connaît pas, un endroit en plus dédié à l'attente, donc, autant le dire, au "rien" ? Sur une table basse sont toujours disposés des magazines mais l'on ne sait même pas si, s'engageant dans un article intéressant, on aura la possibilité de le finir. On est complètement tributaire du moment où l'on viendra nous chercher, peut-être dans cinq minutes, peut-être dans dix, on ne sait pas. On est docile, on attend.
// Parallèlement, je notais qu'il y a dans la vie des périodes "éponge" et des périodes "torrent". Les périodes "éponge" sont des périodes où l'on a besoin de faire rentrer des choses dans sa tête : des textes, des films, la conversation des gens. À l'inverse, les périodes "torrent" sont celles où l'on a besoin de déverser sur le monde notre propre flux de pensée par toute forme de créativité.
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// [...] Qu'attendre d'une oeuvre littéraire dont aucun réalisateur n'a jamais voulu faire un film ? Les Américains flairent la rentabilité, si Proust et Hollywood ne s'étaient jamais rencontrés ailleurs que dans la phrase que je suis en train d'écrire, alors c'est qu'il y avait une raison.
// On a tort d'employer le verbe "partager" quand on poste un morceau de notre vie sur Internet. Partager, c'est noble : c'est morceler ce que l'on a pour en donner un bout à quelqu'un qui n'en a pas. On partage un gâteau, de l'argent, un lit. Mais on ne peut pas partager un moment. On le vit et on le montre, mais celui qui le voit ne le vivra pas. Les gens qui, sur les réseaux sociaux, nous voient sur une plage antillaise ne peuvent pas nous rejoindre en un claquement de doigts. Et quand bien même ils pourraient, leur ferait-on vraiment de la place, leur filerait-on la moitié de notre assiette ?
// Autant bobo, c'est gratuit, ça ne renvoie à rien, c'est une insulte "fourre-tout" que l'on utilise quand on culpabilise de ne pas trier ses déchets.
// J'ignore pour quelle raison, mais pour moi les salles d'attente ont toujours été propices à un certain recueillement. Est-ce le fait de se trouver dans un endroit que l'on ne connaît pas, un endroit en plus dédié à l'attente, donc, autant le dire, au "rien" ? Sur une table basse sont toujours disposés des magazines mais l'on ne sait même pas si, s'engageant dans un article intéressant, on aura la possibilité de le finir. On est complètement tributaire du moment où l'on viendra nous chercher, peut-être dans cinq minutes, peut-être dans dix, on ne sait pas. On est docile, on attend.
// Parallèlement, je notais qu'il y a dans la vie des périodes "éponge" et des périodes "torrent". Les périodes "éponge" sont des périodes où l'on a besoin de faire rentrer des choses dans sa tête : des textes, des films, la conversation des gens. À l'inverse, les périodes "torrent" sont celles où l'on a besoin de déverser sur le monde notre propre flux de pensée par toute forme de créativité.
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Christmas Pudding
Nancy MITFORD
// Amabelle la considéra d'un air pensif. Il n'y avait rien qu'elle aimât autant que de se mêler des affaires des autres, et elle voyait là une bonne occasion de s'adonner à ce hobby.
// Bobby et Philadelphia firent les commentaires appropriés et Lady Bobbin continua.
// Je voudrais parfois être aveugle, vous savez, pour ne pas voir l'eau que je recrache quand je me lave les dents.
// Philadelphia réprima l'ennui profond qui saisit ceux qui s'apprêtent à entendre les rêves des autres[...].
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// Amabelle la considéra d'un air pensif. Il n'y avait rien qu'elle aimât autant que de se mêler des affaires des autres, et elle voyait là une bonne occasion de s'adonner à ce hobby.
// Bobby et Philadelphia firent les commentaires appropriés et Lady Bobbin continua.
// Je voudrais parfois être aveugle, vous savez, pour ne pas voir l'eau que je recrache quand je me lave les dents.
// Philadelphia réprima l'ennui profond qui saisit ceux qui s'apprêtent à entendre les rêves des autres[...].
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Le temps est assassin
Michel BUSSI
// Même les pires souvenirs finissent par s'oublier, si on en empile d'autres par-dessus, beaucoup d'autres.
// Moi c'est Clothilde. Je me présente, parce que c'est la moindre des politesses, même si vous ne me la rendrez pas parce que je ne sais pas qui vous êtes, vous qui me lisez.
// [...] jamais elle n'avait reçu de déclaration enflammée par courrier. Elle était née quelques années trop tard. Ses soupirants l'avaient draguée par textos, par mails.C'était nouveau et follement excitant alors, les confidences numériques... et il ne lui en restait rien aujourd'hui. Pas une ligne, pas un billet glissé dans un livre.
// Avec rien qu'un livre ouvert sur une serviette, vous passez du statut de petite-conne-toute-seule-qui-n'a-pas-d'amis-et-qui-se-fait-chier à celui de petite-rebelle-peinarde-dans-sa-bulle-et-qui-vous-emmerde.
// [Elle] se contenta de suivre, se sentant inutile, telle une invitée arrivée trop tôt et qu'on laisse en plan pour achever les préparatifs.
// [Il] était comme les autres, au fond. Un homme qui avait laissé filer en chemin ses illusions... Parce que le monde tournait trop vite, une gigantesque machine à essorer les utopies.
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// Même les pires souvenirs finissent par s'oublier, si on en empile d'autres par-dessus, beaucoup d'autres.
// Moi c'est Clothilde. Je me présente, parce que c'est la moindre des politesses, même si vous ne me la rendrez pas parce que je ne sais pas qui vous êtes, vous qui me lisez.
// [...] jamais elle n'avait reçu de déclaration enflammée par courrier. Elle était née quelques années trop tard. Ses soupirants l'avaient draguée par textos, par mails.C'était nouveau et follement excitant alors, les confidences numériques... et il ne lui en restait rien aujourd'hui. Pas une ligne, pas un billet glissé dans un livre.
// Avec rien qu'un livre ouvert sur une serviette, vous passez du statut de petite-conne-toute-seule-qui-n'a-pas-d'amis-et-qui-se-fait-chier à celui de petite-rebelle-peinarde-dans-sa-bulle-et-qui-vous-emmerde.
// [Elle] se contenta de suivre, se sentant inutile, telle une invitée arrivée trop tôt et qu'on laisse en plan pour achever les préparatifs.
// [Il] était comme les autres, au fond. Un homme qui avait laissé filer en chemin ses illusions... Parce que le monde tournait trop vite, une gigantesque machine à essorer les utopies.
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L'île des oubliés
Victoria HISLOP
// À l'âge d'Alexis, sa mère, Sophia, était mariée depuis plusieurs années et avait déjà deux enfants. Quelles circonstances l'avaient donc amenée à acquérir une telle maturité aussi jeune ? Comment avait-elle pu être aussi installée dans la vie alors qu'Alexis se sentait encore enfant ?
// Ayant toujours prêté une oreille attentive aux conversations d'adultes, Dimitri connaissait leur propension au rabâchage, tels des chiens rongeant le même os, sur lequel il n'y avait plus de viande depuis longtemps.
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// À l'âge d'Alexis, sa mère, Sophia, était mariée depuis plusieurs années et avait déjà deux enfants. Quelles circonstances l'avaient donc amenée à acquérir une telle maturité aussi jeune ? Comment avait-elle pu être aussi installée dans la vie alors qu'Alexis se sentait encore enfant ?
// Ayant toujours prêté une oreille attentive aux conversations d'adultes, Dimitri connaissait leur propension au rabâchage, tels des chiens rongeant le même os, sur lequel il n'y avait plus de viande depuis longtemps.
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Le saut de l'ange
Lisa GARDNER
// Nous sommes heureux ainsi, du moins c'est ce qu'on se dit, mais je crois que nous nous mentons. Pas forcément l'un à l'autre, plutôt à nous-mêmes. Ce mensonge-là est le plus facile à faire et le plus difficile à défaire.
// On passe tellement de temps à s'attendre au pire, toi et moi, qu'on risque de rater le meilleur. [...] on se comporte comme si le ciel allait nous tomber sur la tête encore une fois. Ce n'est pas un mode de vie particulièrement génial, tu sais. Il faudrait voir le bon côté des choses et y mettre un peu plus de conviction. Apprendre la confiance.
// "Je suis désolée", répète-t-elle d'une voie monocorde, comme si ces mots étaient usés d'avoir trop servi pendant trente ans.
// D'après toi, quelles sont les meilleures sources de renseignement pour un détective privé ? La mort et les impôts. Les deux seuls jalons incontournables de l'existence.
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// Nous sommes heureux ainsi, du moins c'est ce qu'on se dit, mais je crois que nous nous mentons. Pas forcément l'un à l'autre, plutôt à nous-mêmes. Ce mensonge-là est le plus facile à faire et le plus difficile à défaire.
// On passe tellement de temps à s'attendre au pire, toi et moi, qu'on risque de rater le meilleur. [...] on se comporte comme si le ciel allait nous tomber sur la tête encore une fois. Ce n'est pas un mode de vie particulièrement génial, tu sais. Il faudrait voir le bon côté des choses et y mettre un peu plus de conviction. Apprendre la confiance.
// "Je suis désolée", répète-t-elle d'une voie monocorde, comme si ces mots étaient usés d'avoir trop servi pendant trente ans.
// D'après toi, quelles sont les meilleures sources de renseignement pour un détective privé ? La mort et les impôts. Les deux seuls jalons incontournables de l'existence.
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Pourquoi être heureux quand on peut être normal ?
Jeanette WINTERSON
// [...] l'adoption vous débarque au milieu d'une histoire qui a commencé sans vous. Imaginez un livre dont il manquerait les premières pages. Imaginez arriver au théâtre après le levé de rideau. La sensation de manque ne vous laisse pas un instant de répit, jamais - elle ne peut pas, ne devrait pas vous lâcher, cette sensation, puisqu'il manque effectivement quelque chose.
// "J'aime bien ces timbales..." a-t-elle dit. Et j'aime bien qu'elle appelle un mug une "timbale". C'est un joli mot désuet - un objet du quotidien sonore, entre tambour et cymbale.
// Durant les quelques semaines qui ont suivi, nous nous sommes séduites en caractères pixelisés - une cour par voie virtuelle.
// [...] je n'accepte pas qu'on me refuse quoi que ce soit. Qu'est-ce qu'un "non" ? Soit vous avez posé la mauvaise question, soit vous vous êtes adressé à la mauvaise personne. Trouvez le moyen d'obtenir un "oui".
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// [...] l'adoption vous débarque au milieu d'une histoire qui a commencé sans vous. Imaginez un livre dont il manquerait les premières pages. Imaginez arriver au théâtre après le levé de rideau. La sensation de manque ne vous laisse pas un instant de répit, jamais - elle ne peut pas, ne devrait pas vous lâcher, cette sensation, puisqu'il manque effectivement quelque chose.
// "J'aime bien ces timbales..." a-t-elle dit. Et j'aime bien qu'elle appelle un mug une "timbale". C'est un joli mot désuet - un objet du quotidien sonore, entre tambour et cymbale.
// Durant les quelques semaines qui ont suivi, nous nous sommes séduites en caractères pixelisés - une cour par voie virtuelle.
// [...] je n'accepte pas qu'on me refuse quoi que ce soit. Qu'est-ce qu'un "non" ? Soit vous avez posé la mauvaise question, soit vous vous êtes adressé à la mauvaise personne. Trouvez le moyen d'obtenir un "oui".
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Le mystère Henri Pick
David FOENKINOS
// Écrivain est le seul métier qui permet de rester sous une couette toute la journée en disant "Je travaille".
// Le premier roman est toujours celui d'un bon élève. Seuls les génies sont d'emblée des cancres.
// Depuis combien de temps n'écoutait-il plus la conversation ? Personne n'aurait pu le dire. L'être humain est doté de cette capacité unique de hocher la tête et de donner l'illusion d'écouter pleinement ce qui se dit, tout en pensant à autre chose. C'est pourquoi il ne faut jamais espérer lire la vérité dans le regard de quiconque.
// Progressivement, on l'oublierait ; il deviendrait un nom qu'on a sur le bout de la langue.
// [...] il se sentait plus léger que la veille, comme si un poids l'avait quitté. Sûrement le poids de la rupture avec Brigitte. On peut se raisonner, mais c'est toujours le corps qui décide du temps nécessaire à la cicatrisation affective. Ce matin-là, en ouvrant les yeux, il pouvait respirer à nouveau. La souffrance venait de s'enfuir.
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// Écrivain est le seul métier qui permet de rester sous une couette toute la journée en disant "Je travaille".
// Le premier roman est toujours celui d'un bon élève. Seuls les génies sont d'emblée des cancres.
// Depuis combien de temps n'écoutait-il plus la conversation ? Personne n'aurait pu le dire. L'être humain est doté de cette capacité unique de hocher la tête et de donner l'illusion d'écouter pleinement ce qui se dit, tout en pensant à autre chose. C'est pourquoi il ne faut jamais espérer lire la vérité dans le regard de quiconque.
// Progressivement, on l'oublierait ; il deviendrait un nom qu'on a sur le bout de la langue.
// [...] il se sentait plus léger que la veille, comme si un poids l'avait quitté. Sûrement le poids de la rupture avec Brigitte. On peut se raisonner, mais c'est toujours le corps qui décide du temps nécessaire à la cicatrisation affective. Ce matin-là, en ouvrant les yeux, il pouvait respirer à nouveau. La souffrance venait de s'enfuir.
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Les garçons de lété
Rebecca LIGHIERI
// Ma playlist est presque la même que celle de l'an dernier. Je l'ai juste un peu réactualisée et agrémentée de tubes récents. Mais de toute façon, à nos âges, on se trémousse plus volontiers sur du James Brown ou du Niagara que sur Drake ou Rihanna.
// Mylène m'a toujours horripilée avec ses petits bermudas impeccables, ses tops assortis à ses gilets, ses mains étroites, aux ongles impeccablement lisses et vernis, ses brushings, son jogging, son stretching, tous ces mots en "ing" aussi exaspérants qu'elle.
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// Ma playlist est presque la même que celle de l'an dernier. Je l'ai juste un peu réactualisée et agrémentée de tubes récents. Mais de toute façon, à nos âges, on se trémousse plus volontiers sur du James Brown ou du Niagara que sur Drake ou Rihanna.
// Mylène m'a toujours horripilée avec ses petits bermudas impeccables, ses tops assortis à ses gilets, ses mains étroites, aux ongles impeccablement lisses et vernis, ses brushings, son jogging, son stretching, tous ces mots en "ing" aussi exaspérants qu'elle.
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Inconnu à cette adresse
Kressmann TAYLOR
// Qu'est-ce que la liberté d'expression ? Tout juste une bonne occasion de rester assis sur son derrière en critiquant ceux qui agissent.
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