Le saut de l'ange

Lisa GARDNER

// Nous sommes heureux ainsi, du moins c'est ce qu'on se dit, mais je crois que nous nous mentons. Pas forcément l'un à l'autre, plutôt à nous-mêmes. Ce mensonge-là est le plus facile à faire et le plus difficile à défaire.

// On passe tellement de temps à s'attendre au pire, toi et moi, qu'on risque de rater le meilleur. [...] on se comporte comme si le ciel allait nous tomber sur la tête encore une fois. Ce n'est pas un mode de vie particulièrement génial, tu sais. Il faudrait voir le bon côté des choses et y mettre un peu plus de conviction. Apprendre la confiance.

// "Je suis désolée", répète-t-elle d'une voie monocorde, comme si ces mots étaient usés d'avoir trop servi pendant trente ans.

// D'après toi, quelles sont les meilleures sources de renseignement pour un détective privé ? La mort et les impôts. Les deux seuls jalons incontournables de l'existence.

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Pourquoi être heureux quand on peut être normal ?

Jeanette WINTERSON

// [...] l'adoption vous débarque au milieu d'une histoire qui a commencé sans vous. Imaginez un livre dont il manquerait les premières pages. Imaginez arriver au théâtre après le levé de rideau. La sensation de manque ne vous laisse pas un instant de répit, jamais - elle ne peut pas, ne devrait pas vous lâcher, cette sensation, puisqu'il manque effectivement quelque chose.

// "J'aime bien ces timbales..." a-t-elle dit. Et j'aime bien qu'elle appelle un mug une "timbale". C'est un joli mot désuet - un objet du quotidien sonore, entre tambour et cymbale.

// Durant les quelques semaines qui ont suivi, nous nous sommes séduites en caractères pixelisés - une cour par voie virtuelle.

// [...] je n'accepte pas qu'on me refuse quoi que ce soit. Qu'est-ce qu'un "non" ? Soit vous avez posé la mauvaise question, soit vous vous êtes adressé à la mauvaise personne. Trouvez le moyen d'obtenir un "oui".

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Le mystère Henri Pick

David FOENKINOS

// Écrivain est le seul métier qui permet de rester sous une couette toute la journée en disant "Je travaille".

// Le premier roman est toujours celui d'un bon élève. Seuls les génies sont d'emblée des cancres.

// Depuis combien de temps n'écoutait-il plus la conversation ? Personne n'aurait pu le dire. L'être humain est doté de cette capacité unique de hocher la tête et de donner l'illusion d'écouter pleinement ce qui se dit, tout en pensant à autre chose. C'est pourquoi il ne faut jamais espérer lire la vérité dans le regard de quiconque.

// Progressivement, on l'oublierait ; il deviendrait un nom qu'on a sur le bout de la langue.

// [...] il se sentait plus léger que la veille, comme si un poids l'avait quitté. Sûrement le poids de la rupture avec Brigitte. On peut se raisonner, mais c'est toujours le corps qui décide du temps nécessaire à la cicatrisation affective. Ce matin-là, en ouvrant les yeux, il pouvait respirer à nouveau. La souffrance venait de s'enfuir.

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Les garçons de lété

Rebecca LIGHIERI

// Ma playlist est presque la même que celle de l'an dernier. Je l'ai juste un peu réactualisée et agrémentée de tubes récents. Mais de toute façon, à nos âges, on se trémousse plus volontiers sur du James Brown ou du Niagara que sur Drake ou Rihanna.

// Mylène m'a toujours horripilée avec ses petits bermudas impeccables, ses tops assortis à ses gilets, ses mains étroites, aux ongles impeccablement lisses et vernis, ses brushings, son jogging, son stretching, tous ces mots en "ing" aussi exaspérants qu'elle.

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Inconnu à cette adresse


Kressmann TAYLOR

// Qu'est-ce que la liberté d'expression ? Tout juste une bonne occasion de rester assis sur son derrière en critiquant ceux qui agissent.

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Un clafoutis aux tomates cerises

Véronique DE BURE

// Il y a aussi les recettes de cuisine mais elles sont souvent bien compliquées, il faut toujours tout un tas d'ingrédients ou d'épices introuvables, que parfois je ne connais même pas : du curcuma, de la feta, du boulgour, du quinoa... Des choses à la mode qu'à mon époque on ne mangeait jamais.

// Aujourd'hui, quel que soit leur âge, les enfants sont partout : dans le salon, dans le bureau (il faut dire qu'il y a un poste de télévision), à table... Ils s'ennuient, s'accrochent aux jupes de leurs mères, s'avachissent sur les banquettes et dans les fauteuils Louis XVI... À l'apéritif, il faut leur prévoir des verres et du jus d'orange ou du Coca-Cola. Après on retrouve des miettes partout sur le tapis, leurs verres font de gros ronds poisseux sur la table basse et ils s'essuient les doigts sur les bras des fauteuils. Mais il ne faut rien dire, sinon c'est moi qui me ferai gronder. Et comme je les aime bien, que j'ai quand même envie qu'ils reviennent, je ne dis rien.

// Finalement, les seuls moments où je m'ennuie, ce ne sont pas ceux où je suis seule, ce sont ceux où je suis en compagnie de gens ennuyeux. Alors, le temps, d'ordinaire si pressé, traîne à n'en plus finir.

// Les jeunes n'écrivent plus. Les grands n'ont plus le temps et les petits n'ont jamais appris à le prendre ; ils sont nés à l'époque où l'on n'écrit plus que sur des téléphones et des ordinateurs.

// Avant, on n'avait pas de portable et on se débrouillait très bien sans. Maintenant, il faudrait toujours répondre présent, à tout le monde, tout le temps et partout. Avec ces engins mobiles, on n'est plus libre, on nous suit à la trace, c'est terrible. Je me couche très contrariée. C'est dommage, j'avais passé une tellement bonne journée.

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Petits secrets, grands mensonges

Liane MORIARTY

// "Oh tu es si jeune Jane; tu sauras arranger ce qui ne va pas avec mon téléphone / mon ordinateur / mon appareil photo !" quand en réalité bon nombre d'entre elles [les amies de sa mère] étaient plus calées que Jane dans le domaine.

// Renata. Elle est dans la finance - dans les stock-options ou, je ne sais pas, courtière ? Ça existe, comme métier ? Ou peut-être analyste. Oui, c'est ça, il me semble. Elle analyse des trucs. Chaque fois que je lui demande de m'expliquer ce qu'elle fait, j'oublie d'écouter.

// Perry portait un magnifique costume-cravate, de facture italienne, taillé sur mesure, probablement plus cher que la garde-robe complète de son mari - armoire comprise -, songea Madeline.

// Elle avait beau connaître Bonnie depuis plusieurs années - les deux femmes avaient eu mille occasions de discuter en toute courtoisie - elle n'arrivait ni à la voir comme une vraie personne, ni à l'imaginer en train de faire des choses normales. Bougonner. Crier. S'écrouler de rire. Trop manger. Trop boire. Réclamer du papier toilette à tue-tête. Perdre ses clés de voiture. Rien qu'à l'entendre avec sa voix chantante de professeur de yoga à vous faire dresser les poils - elle ne pouvait pas parler normalement ? - Madeline se disait que Bonnie était soit une caricature, soit une extra-terrestre.

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Chère mamie

Virginie GRIMALDI

// Chère mamie,
J'espère que tu vas bien et que papy aussi.
Hier, c'était Carnaval à l'école de mon cher enfant.
Je le savais, mais je l'avais oublié, comme à peu près tout ce qui est important (alors que je connais par coeur les chansons de Lorie).

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Derrière les portes

B.A PARIS

// Il n'a pas tardé à devenir un élément récurrent de mon existence. Il était facile à aimer. Il avait un côté un peu vieillot que je trouvais rafraîchissant - il m'ouvrait les portes, m'aidait à enfiler mon manteau et me faisait porter des fleurs.

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Chronique d'hiver

Paul AUSTER

// Oui, tu bois trop et tu fumes trop, tu as perdu des dents sans te soucier de les faire remplacer, ton régime alimentaire n'obéit pas aux préceptes de la sagesse nutritionnelle contemporaine, mais si tu évites la plupart des légumes, c'est simplement parce que tu ne les aimes pas et que tu trouves difficile, sinon impossible, de manger ce que tu n'aimes pas.

// La plupart des gens, y compris ta femme avec son infaillible boussole interne, semblent se déplacer sans problème. Ils savent où ils sont, où ils sont allés et où ils vont, mais toi tu ne sais rien, tu es perdu à jamais dans l'instant, dans le vide de chaque moment successif qui t'engloutit, sans l'ombre d'une idée de l'endroit où se trouve le véritable nord, puisque les quatre points cardinaux n'existent pas pour toi, n'ont jamais existé pour toi. Jusqu'à présent, ce n'est là qu'un infirmité mineure, pour ainsi dire sans conséquences dramatiques, ce qui ne signifie pas que ne viendra pas un jour où tu passeras accidentellement par-dessus le bord d'une falaise.

// Viennent ensuite les années invisibles, les trois ou quatre premières années de ta vie, cette époque muette qui précède toute possibilité de souvenir, et par conséquent tu ne peux te fonder sur rien d'autre que sur les diverses histoires que ta mère t'as racontées plus tard [...].

// Certains souvenirs te sont si étranges, si improbables, tellement loin du domaine du plausible, que tu as du mal à les réconcilier avec le fait que c'est bien toi qui as vécu les événements dont tu te souviens.

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