Les dévorantes

Marinca VILLANOVA

// Emma se demande à quel moment le film de sa vie va commencer, car assurément ce ne peut pas être cela, juste cela.


// Quand le temps de permet pas de sortir, Angèle accueille Madeleine et son caniche à la maison, elle doit tolérer cette erreur canine pour accéder à sa maîtresse.


// Et puis qui sait, après tout ils ont tous les deux une quarantaine d'années, ils pourraient se trouver des points communs. Un peu comme ces enfants du même âge dont on attend qu'ils soient provisoirement des camarades de jeu, pour arranger les parents.


// On sonne à la porte, Angèle souffle et peste après la saleté des rues, "la gueule des Parisiens", la pollution, la circulation impossible alors qu'elle n'a pas le permis et ne se déplace qu'en métro. Tout y est, elle vient à Paris comme on part en forêt, pantalon, chaussures de marche, gros pull et K-way, il faut bien affronter la capitale "qui est devenue moche" depuis qu'elle n'y habite plus.


// Angèle ne nomme jamais Héloïse, elle dit "la petite", comme un objet sans importance qu'on pose dans un coin.


Retrouvez ce livre chez votre libraire





Comment tu parles de ton père

Joann SFAR

// Il ne faut pas, sciemment, mentir à son gosse. Sinon ensuite il passe sa vie à raconter des histoires.


// [...] à l'enterrement de papa, je n'ai rien dit. Tout d'abord parce qu'il y avait du vent. Et puis parce que le public ne m'inspirait pas.


Retrouvez ce livre chez votre libraire




Les Muses

Alex MICHAELIDES

// – Je vais rendre visite à quelqu'un. À ma nièce.

– Oh, vous êtes tante.

Il avait l'air soulagé d'avoir pu placer Mariana dans une catégorie.


// Elle a épousé un homme qu'elle connaissait à peine. Il l'a emmenée loin de tous ceux qu'elle connaissait.


// L'amour est inconditionnel, lui avait rappelé Ruth. On n'est pas censé avoir besoin de faire des efforts pour satisfaire quelqu'un.


// Ruth disait qu'on ne peut pas forcer son pardon, on l'éprouve spontanément, comme un acte de grâce, et il arrive seulement quand on est prêt.


Retrouvez ce livre chez votre libraire




Le chant du poulet sous vide

Lucie RICO

// Elle n'a parlé à personne depuis plusieurs jours (par texto cela n'échauffe pas la voix), il faut stimuler ses cordes vocales au repos, solliciter la partie sociale du cerveau.


// Le poulet est le seul animal qui porte le même nom vivant et en viande. Cette coïncidence est malheureuse. Quand Paule dit qu'elle élève des poulets, il faut toujours que l'on pense à de la nourriture.


// Louis est un vrai citadin incapable de nommer les arbres et les animaux. Ce qui lui est étranger il dit que c'est beau, que c'est drôle. Pour lui, les poulets sont théoriques.


// Les poulets obtiennent l'appellation bio. [...]. Cela fait un logo de plus à positionner sur l'emballage et moins d'espace pour la biographie. 


Retrouvez ce livre chez votre libraire




Le choix

Viola ARDONE

// Les animaux parlants, je suis contre, parce que le bon côté des bêtes c'est qu'elles restent tout en silence, comme mon père.


// J'ai plissé les yeux comme pour viser le chas d'une aiguille.


// Les règles du mariage c'est : mets ta robe blanche, remonte la nef jusqu'au curé et dis oui.


// Les règles des enterrements c'est : habille-toi en noir, fais tes condoléances et pleure de vraies larmes.


// Les règles de l'église c'est : lève-toi quand le prêtre dit "levez-vous", assieds-toi quand il dit "asseyez-vous" et ne décolle pas l'hostie de ton palais avec ta langue après l'eucharistie.


// Dire oui, même un âne sait le faire, alors que dire non est difficile, mais une fois qu'on a commencé on n'arrête plus.


Retrouvez ce livre chez votre libraire




Et je danse, aussi

Anne-Laure BONDOUX & Jean-Claude MOURLEVAT

// J'ai la conviction qu'on croise au quotidien ou presque des Proust, des Kafka, des Faulkner qui ne le savent pas et qui restent agents immobiliers, professeurs de judo ou moniteurs d'auto-école. J'exagère à peine. À l'inverse, je connais pas mal d'écrivains qui sont les seuls à penser qu'ils le sont, mais c'est un autre sujet.


// Je sais [...] qu'elle a 45 ans, qu'elle habite Toulouse et qu'elle est encore mariée mais bon.


// Je te laisse, j'entends le camion du gars qui m'apporte le bois, pour ma terrasse. Je la refais. Nicolas va venir m'aider. Je suis curieux de voir ce qu'on va trouver en démontant l'ancienne. Trente-cinq ans de petits objets passés entre les lames !


Retrouvez ce livre chez votre libraire




Café sans filtre

Jean-Philippe BLONDEL

// Alors j'ai répondu - par écrit. Je déteste ces vocaux qui poussent les utilisateurs de téléphone à tenir leur appareil à l'horizontale, et à faire profiter les personnes alentour de leurs conversations.


// J'ai ce côté gendre idéal que je ne suis doublement pas (ni marié, ni parfait) [...].


// D'un côté, les quartiers avec [...] la piscine avec le premier "i" qui manque, si bien qu'on rigole tous en déclarant qu'on peut pas, on a pscine.


// On s'est retrouvé tous les deux sur son canapé quelques jours plus tard, à mater jusqu'au milieu de la nuit des séries télévisées dont on mélangeait les intrigues.


// C'est elle qui m'a apprit les temps de respiration. Pause. Demi-pause. Blanche. Soupir.


// [...] j'imagine José penché sur un papier, rédigeant des phrases à une époque où les messages ne dépassent pas une dizaine de mots.


Retrouvez ce livre chez votre libraire




L'occupation

Annie ERNAUX

// Donner un titre aux moments de sa vie, comme on le fait à l'école pour les passages littéraires, est peut-être un moyen de la maîtriser ?


Retrouvez ce livre chez votre libraire




La honte

Annie ERNAUX

// À Rouen, plus proche et plus importante que Le Havre, il y a tout, c'est-à-dire des grands magasins, des spécialistes de toutes les maladies, plusieurs cinémas, une piscine couverte pour apprendre à nager, la foire Saint-Romain qui dure un mois en novembre, des tramways, des salons de thé et des grands hôpitaux où l'on emmène les gens pour les opérations délicates, les cures de désintoxication et les électrochocs.


// Être comme tout le monde était la visée générale, l'idéal à atteindre. L'originalité passait pour de l'excentricité, voire le signe qu'on a un grain.


// Je n'allais chez aucune fille et aucune fille ne venait chez moi. Mais on ne se fréquentait pas en dehors de l'école, sauf à emprunter un itinéraire commun. Il n'y avait que des amitiés de trajet.


Retrouvez ce livre chez votre libraire




Changer l'eau des fleurs

Valérie PERRIN

// "Quoi que je fasse, où que tu sois, rien ne t'efface, je pense à toi" de Jean-Jacques Goldman et "Les étoiles entre elles ne parlent que de toi" de Francis Cabrel sont les paroles des chansons les plus reprises sur les plaques funéraires.


// Après la fermeture des grilles, le temps est à moi. J'en suis l'unique propriétaire. C'est un luxe d'être propriétaire de son temps. Je pense que c'est un des plus grands luxes qu'un être humain puisse s'offrir.


// En me couchant, je pense que je n'aimerais pas mourir au milieu de la lecture d'un roman que j'aime.


// Nous n'avions absolument rien à nous dire. Nous ne serions jamais amies. Nous resterions deux vies qui se frôlaient chaque jour.


// Quand j'étais jeune, j'ai voulu faire comme tout le monde, je me suis mariée. En voilà une belle connerie, une idée stupide : faire comme tout le monde. Les bonnes manières, les faux-semblants et les idées reçues sont des assassins.


Retrouvez ce livre chez votre libraire