Les garçons de lété

Rebecca LIGHIERI

// Ma playlist est presque la même que celle de l'an dernier. Je l'ai juste un peu réactualisée et agrémentée de tubes récents. Mais de toute façon, à nos âges, on se trémousse plus volontiers sur du James Brown ou du Niagara que sur Drake ou Rihanna.

// Mylène m'a toujours horripilée avec ses petits bermudas impeccables, ses tops assortis à ses gilets, ses mains étroites, aux ongles impeccablement lisses et vernis, ses brushings, son jogging, son stretching, tous ces mots en "ing" aussi exaspérants qu'elle.

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Inconnu à cette adresse


Kressmann TAYLOR

// Qu'est-ce que la liberté d'expression ? Tout juste une bonne occasion de rester assis sur son derrière en critiquant ceux qui agissent.

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Un clafoutis aux tomates cerises

Véronique DE BURE

// Il y a aussi les recettes de cuisine mais elles sont souvent bien compliquées, il faut toujours tout un tas d'ingrédients ou d'épices introuvables, que parfois je ne connais même pas : du curcuma, de la feta, du boulgour, du quinoa... Des choses à la mode qu'à mon époque on ne mangeait jamais.

// Aujourd'hui, quel que soit leur âge, les enfants sont partout : dans le salon, dans le bureau (il faut dire qu'il y a un poste de télévision), à table... Ils s'ennuient, s'accrochent aux jupes de leurs mères, s'avachissent sur les banquettes et dans les fauteuils Louis XVI... À l'apéritif, il faut leur prévoir des verres et du jus d'orange ou du Coca-Cola. Après on retrouve des miettes partout sur le tapis, leurs verres font de gros ronds poisseux sur la table basse et ils s'essuient les doigts sur les bras des fauteuils. Mais il ne faut rien dire, sinon c'est moi qui me ferai gronder. Et comme je les aime bien, que j'ai quand même envie qu'ils reviennent, je ne dis rien.

// Finalement, les seuls moments où je m'ennuie, ce ne sont pas ceux où je suis seule, ce sont ceux où je suis en compagnie de gens ennuyeux. Alors, le temps, d'ordinaire si pressé, traîne à n'en plus finir.

// Les jeunes n'écrivent plus. Les grands n'ont plus le temps et les petits n'ont jamais appris à le prendre ; ils sont nés à l'époque où l'on n'écrit plus que sur des téléphones et des ordinateurs.

// Avant, on n'avait pas de portable et on se débrouillait très bien sans. Maintenant, il faudrait toujours répondre présent, à tout le monde, tout le temps et partout. Avec ces engins mobiles, on n'est plus libre, on nous suit à la trace, c'est terrible. Je me couche très contrariée. C'est dommage, j'avais passé une tellement bonne journée.

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Petits secrets, grands mensonges

Liane MORIARTY

// "Oh tu es si jeune Jane; tu sauras arranger ce qui ne va pas avec mon téléphone / mon ordinateur / mon appareil photo !" quand en réalité bon nombre d'entre elles [les amies de sa mère] étaient plus calées que Jane dans le domaine.

// Renata. Elle est dans la finance - dans les stock-options ou, je ne sais pas, courtière ? Ça existe, comme métier ? Ou peut-être analyste. Oui, c'est ça, il me semble. Elle analyse des trucs. Chaque fois que je lui demande de m'expliquer ce qu'elle fait, j'oublie d'écouter.

// Perry portait un magnifique costume-cravate, de facture italienne, taillé sur mesure, probablement plus cher que la garde-robe complète de son mari - armoire comprise -, songea Madeline.

// Elle avait beau connaître Bonnie depuis plusieurs années - les deux femmes avaient eu mille occasions de discuter en toute courtoisie - elle n'arrivait ni à la voir comme une vraie personne, ni à l'imaginer en train de faire des choses normales. Bougonner. Crier. S'écrouler de rire. Trop manger. Trop boire. Réclamer du papier toilette à tue-tête. Perdre ses clés de voiture. Rien qu'à l'entendre avec sa voix chantante de professeur de yoga à vous faire dresser les poils - elle ne pouvait pas parler normalement ? - Madeline se disait que Bonnie était soit une caricature, soit une extra-terrestre.

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Chère mamie

Virginie GRIMALDI

// Chère mamie,
J'espère que tu vas bien et que papy aussi.
Hier, c'était Carnaval à l'école de mon cher enfant.
Je le savais, mais je l'avais oublié, comme à peu près tout ce qui est important (alors que je connais par coeur les chansons de Lorie).

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Derrière les portes

B.A PARIS

// Il n'a pas tardé à devenir un élément récurrent de mon existence. Il était facile à aimer. Il avait un côté un peu vieillot que je trouvais rafraîchissant - il m'ouvrait les portes, m'aidait à enfiler mon manteau et me faisait porter des fleurs.

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Chronique d'hiver

Paul AUSTER

// Oui, tu bois trop et tu fumes trop, tu as perdu des dents sans te soucier de les faire remplacer, ton régime alimentaire n'obéit pas aux préceptes de la sagesse nutritionnelle contemporaine, mais si tu évites la plupart des légumes, c'est simplement parce que tu ne les aimes pas et que tu trouves difficile, sinon impossible, de manger ce que tu n'aimes pas.

// La plupart des gens, y compris ta femme avec son infaillible boussole interne, semblent se déplacer sans problème. Ils savent où ils sont, où ils sont allés et où ils vont, mais toi tu ne sais rien, tu es perdu à jamais dans l'instant, dans le vide de chaque moment successif qui t'engloutit, sans l'ombre d'une idée de l'endroit où se trouve le véritable nord, puisque les quatre points cardinaux n'existent pas pour toi, n'ont jamais existé pour toi. Jusqu'à présent, ce n'est là qu'un infirmité mineure, pour ainsi dire sans conséquences dramatiques, ce qui ne signifie pas que ne viendra pas un jour où tu passeras accidentellement par-dessus le bord d'une falaise.

// Viennent ensuite les années invisibles, les trois ou quatre premières années de ta vie, cette époque muette qui précède toute possibilité de souvenir, et par conséquent tu ne peux te fonder sur rien d'autre que sur les diverses histoires que ta mère t'as racontées plus tard [...].

// Certains souvenirs te sont si étranges, si improbables, tellement loin du domaine du plausible, que tu as du mal à les réconcilier avec le fait que c'est bien toi qui as vécu les événements dont tu te souviens.

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Hygiène de l'assassin

Amélie NOTHOMB

// Les écrivains sont obscènes; s'ils ne l'étaient pas, ils seraient comptables, conducteurs de train, téléphonistes, ils seraient respectables.

// Prenons Homère : en voilà un qui n'a jamais été aussi célèbre. Or, vous en connaissez beaucoup, de vrais lecteurs de la vraie Iliade et de la vraie Odyssée ? Une poignée de philosophes chauves, voilà tout - car vous n'allez quand même pas qualifier de lecteurs les rares lycéens endormis qui ânonnent encore Homère sur les banc d'école en ne pensant qu'à Dépêche Mode ou au sida.

// La plupart des gens ne lisent pas. À ce sujet, il y a une citation excellente, d'un intellectuel dont j'ai oubié le nom : " Au fond, les gens ne lisent pas; ou s'ils lisent, ils ne comprennent pas; ou, s'ils comprennent, ils oublient."

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Le portrait de Dorian Gray

Oscar WILDE

// Je choisis mes amis pour leur allure, mes connaissances pour leur réputation et mes ennemis pour leur intelligence.

// Chaque catégorie d'invités aurait prêché l'importance de vertus qu'ils n'avaient pas besoin d'exercer eux-mêmes. Les riches auraient parlé de l'utilité d'être économe et les oisifs auraient loué avec éloquence la dignité du travail.

// Elle riait nerveusement en parlant et elle l'observait avec ses yeux vagues, couleur de ne-m'oubliez-pas.

// J'ai posé ma question pour la meilleure raison possible, en fait pour la seule raison qui justifie n'importe quelle question : par simple curiosité.

// Pour retrouver ma jeunesse, je ferais n'importe quoi au monde, sauf prendre de l'exercice, me lever tôt ou mener une vie respectable.

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La fille de Brooklyn

Guillaume MUSSO

// Nous évoluions dans deux mondes différents. J'étais un homme de papier; elle était une femme digitale. Je gagnais ma vie en inventant des histoires; elle gagnait la sienne en mettant au point des microprocesseurs aussi fin que les cheveux d'un nourrisson.

// Sabato avait sans doute raison : "La vérité est parfaite pour les mathématiques et la chimie, mais pas pour la vie."

// Aimez-moi plus qu'avant, puisque j'ai de la peine (Georges Sand).

// Le genre d'image poignante qui me rappelait combien, pendant longtemps, j'avais détesté les appareils photo, ces machines cruelles à créer de la nostalgie. Leurs milliers de déclics trompeurs figeaient dans l'instant une spontanéité déjà évaporée. Pis, tels des fusils à double détente, ils n'atteignaient souvent leur cible que des années plus tard, mais touchaient toujours le coeur.

// Lorsque le silence s'installa, elle se recoiffa avec ses longs doigts telle une princesse un lendemain de cuite.

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